lundi 2 avril 2012

Caniche* royal


Très sincèrement, je pensais livrer encore quelques billets pleins de détails techniques et de questions embarrassantes avant Boston. Ils auraient traité du choix final de mes chaussures, de la couleur de mon élastique fétiche,
des progrès de mon poussage de cheveux, de savoir si en définitive il faut écouter sa VMA ou ses FC, des objectifs en termes d'allure, de chrono et de plaisir, du bilan sur le programme d'entraînement avec un grand P (le Plan) et de la meilleures saison pour courir (la fin du maudit hiver). Mais là, pfuuuuit, tout est chamboulé.
On va se contenter de ne pas tirer de plan sur la comète et surtout ne pas pré-conclure le marathon.

Là, on va attendre.

On va attendre et surtout on ne va pas faire pire.

On a consulté Dr Google. On s'est tâté la cheville.

On sait qu'on est en forme.

On sait que le Plan était bon et que, malgré les coups de caniche, il nous a mené sur la bonne pente.

On sait qu'à deux semaines du marathon le très gros de la préparation est fait et le repos commence.

On se reposera juste un peu plus.

On s'est retâté la cheville et, ma foi, on ne sent presque plus rien.

Mais on ne va pas prendre de risques.

On va tellement aller nager au lieu de courir que ce ne sera plus des coups de caniche dans le Plan, mais des coups de labrador.

On se trouve bien sage et bien sereine.

On va y aller à Boston.

On aura d'autant plus envie de courir.

On a psychoté et on s'est demandé si on irait.

On va y aller.

Il y a quelques jours (une semaine?), en enfilant ma chaussette, je note une sensibilité sur l'os, juste au-dessus de la malléole, côté extérieur, à droite, comme si j'avais un bleu. Bah! sans doute la tirette de ma bottine qui appuyé sur la malléole ou bien un coup que je me suis donné. Le lendemain, disparue la sensation. Et puis, elle revient. Re-disparaît. Re-revient. Etc. Aucune douleur en courant, ni en marchant, ni en faisant la vaisselle, ni en dansant le tango. Rien de rien. Néanmoins, je
ne peux plus ignorer cette sensation d'un bleu sur l'os. J'embraie sur le psychotage corporel. Normal, je suis une coureuse.

Psychotage maximal.


C'est marrant: ou on fait la sourde oreille, ou on s'écoute trop.


Fracture de stress du péroné? En phase très, très précoce? Peut-être. Soyons prudent. Sait-on jamais. Ce serait plausible: un semaine avec un gros kilométrage (87 au lieu d'une soixantaine), un trail qui l'air de rien a dû me secouer le squelette, un peu trop de kilomètres dans de nouvelles chaussures sans amorti, le sol qui a perdu depuis deux ou trois semaines ses surfaces glissantes et qui exempte de tout travail proprioceptif...

Aujourd'hui c'est dimanche. Vendredi, après ma sortie de midi et ma consultation de Dr Google, j'ai conçu un plan d'attaque. Ça ne sert à rien parce que, dans les cas de fractures de stress, à part le repos, il n'y a pas grand-chose à faire, mais ça me donne l'impression d'agir. Et ça ne peut pas faire de tort.

Donc:

  • repos total de course tant que la moindre sensation subsiste,
  • glaçage,
  • prise d'anti-inflammatoires homéopathiques (Heel et Traumeel),
  • cataplasme d'anti-inflammatoire pendant la nuit sous un bas de compression (Traumeel version gel),
  • supplément de calcium,
  • piscine.

C'est dimanche et je ne sens presque plus rien. Mais je pense quand même que je ne courrai pas la semaine qui vient. Même si je ne sentais strictement plus rien du tout. Si le fantôme de bleu disparaît complètement, je reprendrai le Plan pour la dernière semaine avec ses quelques footings.


J'avais pris rendez-vous chez l'ostéo pour jeudi prochain. Elle aura peut-être une idée ou un toucher magique pour ma cheville.


Ah! je me sens sage! D'une part de ne pas m'obstiner sur le Plan au risque d'aggraver la situation. D'autre part de ne pas me rouler par terre en me disant que c'est la fin du monde. Ça ne me tracasse pas tant que ça, finalement. J'ai failli demander dare-dare une prescription pour une scintigraphie osseuse (la seule façon fiable de détecter les fractures de fatigue) afin d'obtenir un diagnostic sûr, mais à quoi bon? C'est dépenser beaucoup de tracas, beaucoup de temps, assez bien de sous. Je ne m'enligne pas pour les J.O.

Je prends le risque de courir le marathon et de devoir me reposer après. Les patients du Dr Google m'ont raconté que la douleur était insoutenable, plus moyen de poser le pied, etc., etc., moi je ne sens rien en courant. Je ne vois pas pourquoi ça ne tiendrait pas 42 km. Ça me fait penser à une fille qui a fait Boston l'année dernière en partant avec de vraies douleurs. À sa place, je n'y serais pas allée, c'est sûr et certain, mais cette fille est inoxydable. J'espère juste ne pas me maganer comme elle, même si, vous le lirez sur son blog, elle s'en est très bien remise.

N'empêche, quelle veine. Avoir un simili début d'hypothétique blessure à 15 jours du marathon, méga bol! D'une part la préparation est plus ou moins faite et n'en pâtira pas trop et d'autre part j'ai deux semaines pour m'en remettre. (Se rétablir d'une hypothèse, ça me fait sourire.)

Je me sens sage et tout à fait gnangnan de vous raconter tout ça. Une malheureuse petite sensation sur une malheureuse petite surface d'os... Il faut peu de chair à mes pensées.

C'est sans doute l'os à ronger du caniche. Ça doit être ça.

______________________

*De canicher, verbe trans. : Prendre des libertés avec le Plan. Ex. J'ai encore caniché, je n'ai pas fait mes intervalles hier soir. Prononc. et orth.: [kaniʃe] Je caniche, tu caniches, ils canichent. Hist.: Argot de course à pied (Québec, XXIe s.). Probablement issu de l'expression "donner un coup de canif dans le contrat" et de la bonne blague "tu sais ce que c'est un canif? un petit fien!" (Fr. et Belg., XXe s.).

10 commentaires:

  1. Oh mais je ne savais pas que "l'évènement" était si proche !

    on a tous des tonnes de maladies qui apparaissent au fur et à mesure que "ça" approche.
    J'espère que ça restera du domaine psychosomatique et que ton ostéo te rassurera.
    bon marathon !

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    1. Merci Julien! Alors toi aussi? Ouaip, On a tous une imagination débordante et des super grandes oreilles à bobos. (13 jours et 13 heures, j'ai mis un compte à rebours pour me mettre bien la pression).

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  2. Oulala, pas drôle tout ça. Mais tu réagis comme un mouton expert, c'est sûr! Alors l'os de chien se tiendra tranquille, je te le souhaite +++++.

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    1. Je m'en vais te le briser cet os-là. Crac. Enfin, j'espère que ce n'était pas un os de gigot, je ne voudrais pas heurter un confrère.

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  3. C'est toi qui sent ce que tu peut faire,à la longue,on connait son corps

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    1. C'est vrai, et on continue d'apprendre!

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  4. Je découvre ton Blog, vraiment intéressant a lire. J’espère que tu te sent mieux et je suis certains que le marathon ce passera bien. Je tiens un blog également et tu passes dire bonjour quand tu veux.
    Bonne continuation.
    Rohnny

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    1. Bonjour Rohnny! Merci de ta visite et de ton commentaire. Je vais aller lire ton blog, c'est sûr.

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  5. Ce n'est pas le temps de se blesser. Serres les dents et va jusqu'au bout, c'est Boston qui t'attend.

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    1. J'y cours, j'y cours! Et j'y penserai à toi, sois-en sûr!

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